Le nouveau slogan « l’alcool nuit à la santé » : bonne ou mauvaise idée ?

Sous l’impulsion du Ministre fédéral de la santé Frank Vandenbroucke, le nouvel avertissement sanitaire qui accompagnera les publicités sur l’alcool va passer de « l’abus d’alcool nuit à la santé » à « l’alcool nuit à la santé ». Nous sommes donc en droit de nous demander si ce changement est justifié.

Autrement dit : est-ce que l’alcool nuit à la santé uniquement si on en abuse ?

La science est claire : qu’on le veuille ou non, une personne qui consomme de l’alcool sans en abuser (ex : qui boit moins d’un verre par jour) s’expose déjà à des risques de santé plus élevés. Par exemple, boire un verre par jour augmente déjà d’environ 10% le risque de développer un cancer du sein1. Même avec moins d’un verre par jour, le risque est déjà augmenté. Par ailleurs, l’impact de l’alcool ne se limite pas au cancer du sein puisqu’il est impliqué dans au moins 6 autres cancers et dans plus de 200 maladies2.

En conséquence, même en faible quantité, l’alcool nuit effectivement à la santé. Ce nouveau message reflète donc mieux la réalité.

Cette mesure est-elle pour autant pertinente ?

La mesure ne modifiera certainement pas sensiblement la consommation des belges mais elle a le mérite d’être plus correcte que la mention précédente. Par ailleurs, elle contribue aussi à mieux nous informer alors que nous ne disposons que de très peu d’informations sur les bouteilles : pas de liste d’ingrédients, pas de valeur nutritionnelle,… L’alcool est le seul produit exempté de toutes ces obligations.

Même si elle reste symbolique, cette mesure va donc dans le bon sens. Mais l’État reste encore bien frileux en matière de régulation du marché de l’alcool au regard de son impact social, sanitaire et économique. Sur le plan économique, rappelons que chaque année l’alcool couterait 4,2 milliards d’euros à notre économie.

Sur le plan sanitaire, les jeunes sont particulièrement impactés : en Europe, près d’un décès sur quatre chez les 19-24 ans est attribuable à l’alcool³.

Ce seul fait devrait être suffisant pour nous convaincre qu’il est temps d’agir pour protéger la population des conséquences de l’alcool. Avertir les citoyens de ses risques c’est un premier pas dans cette direction mais, à terme, d’autres mesures, comme l’interdiction des publicités pour les boissons alcoolisées, l’étiquetage correct et complet ou encore le remboursement des consultations chez un·e alcoologue, seront nécessaires pour vraiment avoir un impact.

La fête a de bons jours devant elle

Vous voulez faire la fête, trinquer et célébrer les moments partagés ? Nous aussi ! Cela peut se faire de plein de façons, avec ou sans alcool. Les Belges continueront bien sûr de trinquer et de célébrer, mais grâce à ce nouvel avertissement sanitaire, ils pourront le faire en meilleure connaissance de cause.

Références

1. Sohi, Ivneet, Jürgen Rehm, Marian Saab, Lavanya Virmani, Ari Franklin, Gonzalo Sánchez, Mihojana Jhumi, et al. 2024. « Alcoholic Beverage Consumption and Female Breast Cancer Risk: A Systematic Review and Meta-Analysis of Prospective Cohort Studies ». Alcohol, Clinical and Experimental Research 48(12): 2222‑41. doi:10.1111/acer.15493.

2.World Health Organization Regional Office for Europe. (2025). Alcohol health warning labels: A public health perspective for Europe. World Health Organization Regional Office for Europe.

3.World Health Organization Regional Office for Europe. (2021). Making the WHO European Region SAFER: Developments in alcohol control policies, 2010–2019. World Health Organization Regional Office for Europe.