Les jeunes et l’alcool
Comment boivent-ils ?
En règle générale, l’Union européenne attribue à la consommation d’alcool entre 9 et 10% de la morbidité et de la mortalité observées dans l’Union. Cela constitue dès lors une réelle priorité de santé publique, tant au niveau de la santé, qu’au niveau social ou économique.
Tous les jeunes n’ont pas le même profil de consommation. S’interroger et les interroger sur leur consommation et les motivations de celle-ci constituent sans doute un premier pas éducatif. Une analyse des déterminants de consommation doit être effectuée de manière rigoureuse.
Une étude de l’Unité PROMES (ULB) permet de distinguer différents types de consommation d’alcool par les jeunes en âge scolaire. En voici les résultats et conclusions :
La consommation régulière d’alcool ainsi que l’essai sont relativement stables au cours du temps. En 2002, 27% de ceux qui ont déjà bu de l’alcool sont considérés comme consommateurs réguliers. Ils représentent 20% des jeunes de 13, 15 et 17 ans. Mais, pour les jeunes, la Belgique se situe parmi les trois premiers consommateurs réguliers en Europe .
Depuis 1992, la tendance à l’augmentation de l’ivresse chez les jeunes est particulièrement inquiétante. Entre 1992 et 2004, le pourcentage de jeunes déclarant avoir été ivres plus d’une fois est passé de 18% à 26%. En termes de santé publique, ce n’est pas tant la consommation d’alcool en soi qui occasionne des problèmes mais plutôt les risques qu’une consommation excessive entraîne pour d’autres comportements (conduite d’un véhicule, violence, relation sexuelle, …).
De plus, de nouvelles recherches scientifiques sur ce comportement d’alcoolisation excessive dans le but d’atteindre l’ivresse, couramment appelé « Binge drinking », démontrent qu’au delà des risques à court terme déjà bien identifiés, d’autres effets délétères à moyen et long termes apparaissent très clairement , notamment au niveau du cerveau : dysfonctionnement, lésions parfois irréversibles, retard de maturation, etc. De multiples facteurs individuels et sociaux influencent ce comportement (conditions socio-économiques, caractères individuels, la famille, l’influence des pairs, etc.). Dans l’Union européenne , l’alcool vient en première position des psychotropes consommés, on y observe des modifications des pratiques de consommation : précocité croissante, multiplication des ivresses, apparition de nouveaux modes de consommation, etc. Selon une étude du CRIOC parue en 2005, pour les jeunes de 10 à 17 ans, moins d’un sur deux (46%) pense que sa consommation peut être dangereuse et cette perception du danger diminue encore avec l’âge et les expériences de consommation.
En complément, les études épidémiologiques montrent que certains jeunes sont plus vulnérables que d’autres. Il s’agit des garçons, les jeunes issus de l’enseignement technique et professionnel et les jeunes issus de milieux plus défavorisés. Ils ont des comportements de consommation plus risqués (une consommation plus élevée, davantage d’ivresse). D’autres études attirent l’attention sur les consommations à risque parmi les étudiants de l’enseignement supérieur . Enfin, l’influence familiale constitue un élément important de la consommation.
Ces constats nous ont conduit à développer prioritairement les actions vers ces publics, à travers les réseaux existants. Le travail doit être poursuivi et élargi en ce sens.
Au vu des résultats de l’étude et dans le souci d’adopter une démarche de promotion de la santé, il semble essentiel de tenir compte des éléments suivants (source : PROMES) :
L’influence familiale.
L’alcool comme facteur d’intégration et de désintégration.
L’effet désinhibiteur de l’alcool.
Prévention primaire et réduction des risques.
Une approche globale des conduites à risques.
Bien que l’alcool soit un réel problème de santé publique, il est important de développer chez les jeunes une vision positive d’eux-mêmes et de leurs comportements en travaillant sur l’estime de soi, l’auto-efficacité perçue, le sentiment de bonheur, la perception de sa santé, etc.
L’alco-test : le vrai ou le faux ?
- Une bière de 25 cl contient moins d’alcool qu’un verre de vin.
Faux. Pour repérer la quantité d’alcool consommée, on compte en unités d’alcool. 1 unité d’alcool = 1 verre standard. On retrouve 1 unité d’alcool dans :
La plupart grande partie de la population consomme de l’alcool en quantité modérée, de façon occasionnelle ou régulière. On parle alors de consommation sociale. On considère généralement que la consommation peut devenir nocive pour la santé si elle dépasse 2 à 3 verres par jour pour les hommes et 1 à 2 verres par jour pour les femmes, sans un seul jour d’abstinence. On parle alors de consommation excessive.
- Un jeune de 17 ans ne peut pas acheter une cannette d’un mélange « rhum et limonade ».
Vrai. La loi belge interdit aux jeunes de moins de 18 ans d’acheter des boissons alcoolisées spiritueuses (c’est-à-dire avec un pourcentage d’alcool supérieur à 22°), même lorsqu’elles sont déjà mélangées à des softs.
- L’alcool agit sur le cerveau.
Vrai. L’alcool modifie l’état de conscience et le comportement. Ses effets dépendent surtout de la dose et de la fréquence de consommation mais aussi de l’individu (son état physique et psychologique, sa personnalité,...) et du contexte dans lequel il est consommé.
Consommé avec modération, l’alcool entraîne d’abord un effet stimulant. Il détend et désinhibe et est souvent associé au partage, à la rencontre d’amis, à un bon repas, à la fête.
A plus forte dose, l’effet recherché est l’ivresse et une forte désinhibition, ce qui peut conduire à des comportements imprudents, voire agressifs et violents.
Par ailleurs, la baisse de vigilance sous l’effet de l’alcool augmente le risque d’avoir un rapport sexuel non protégé ou pire, non désiré.
Déjà à faible dose, on constate clairement le ralentissement des réflexes et la perturbation des perceptions, et cela augmente vite très fort à doses plus élevées.
Ces effets sont encore plus dangereux chez un jeune puisque son cerveau est toujours en train de se construire (jusqu’à 25 ans environ).
- Boire tous les jours 2 verres d’alcool est normal.
Vrai-Faux. En Belgique, il est interdit de circuler (à vélo, en scooter, en voiture) avec une alcoolémie égale ou supérieure à 0,5 grammes par litre de sang, ce qui équivaut environ à 2 unités d’alcool pour un adulte. De plus, un médecin va s’inquiéter de quelqu’un qui consomme 2 verres d’alcool par jour et qui ne passe pas un jour de la semaine sans boire.
Au-delà de ces normes, chacun peut aussi se demander ce qui lui paraît normal ou pas.
Par exemple, quand est-ce que je trouve que ma consommation d’alcool n’est plus normale (quand je bois sur le temps de midi, sur la voie publique, quand j’ai des trous de mémoire,...) ?
Tes parents ou d’autres proches adultes consomment aussi peut-être de l’alcool, n’hésite pas à leur en parler, ils pourront te conseiller…
- Manger des pâtes bolo avant de boire permet d’éviter les effets de l’alcool.
Faux. Si tu décides de boire de l’alcool, assure toi de bien manger équilibré car cela ralentit la montée de l’alcoolémie (= taux d’alcool pur contenu dans le sang) mais attention, cela ne l’empêche pas : les effets seront toujours bien là…et les risques aussi !
- Les effets de l’alcool varient d’une personne à l’autre.
Vrai. Pour une même quantité d’alcool consommé, l’alcoolémie varie fortement selon les individus.
Par exemple, il est prouvé que les filles ressentent en général plus vite que les garçons les effets de l’alcool mais cela dépend aussi d’autres facteurs : le poids, la rapidité de consommation, la prise de repas, etc.
- Si un ami est ivre, il faut éviter de le coucher par terre.
Vrai. Ou en tout cas, le mettre sur le côté pour ne pas qu’il s’étouffe s’il se met à vomir.
De pus, vérifie qu’il n’a pas perdu connaissance : parle lui, amène le dans un endroit calme, donne lui de l’eau, couvre-le d’un vêtement pour ne pas qu’il prenne froid et ne le laisse pas seul. S’il ne réagit pas, appelle vite le 112 (appel gratuit) en précisant l’endroit où tu te trouves, car il risque alors le coma, et donc l’arrêt respiratoire !
- L’alcool désaltère.
Faux. Si le premier effet satisfait la soif, l’alcool, contrairement à l’eau, déshydrate en fait le corps car il fait uriner davantage. C’est d’ailleurs cette déshydratation qui provoque en partie l’effet « gueule de bois » du lendemain.
Bref, si tu consommes de l’alcool, n’oublie pas d’alterner avec des « softs » (eau, jus,…) !
- Le « Binge drinking » (ou « biture express ») est le fait de boire de l’alcool n’importe où.
Faux. Ce terme anglais, dont tu as peut-être déjà entendu parler, signifie « boire une grande quantité d’alcool en peu de temps ». L’alcool devient alors le but de la fête.
Cette façon de boire peut devenir très dangereuse car elle a des effets directs sur l’organisme : nausées, délires, pertes de mémoire, menant parfois jusqu’au coma éthylique (= intoxication à l’alcool) avec le risque de mort suite à un arrêt de la respiration.
Attention : si tu as déjà eu des trous de mémoire suite à une soirée arrosée, c’est que tu as frôlé le coma éthylique !
- L’alcool est moins nocif mélangé à une boisson énergisante.
Faux. Au contraire ! Une boisson énergisante masque plutôt les effets ressentis de l’alcool comme les maux de tête, la faiblesse et la bouche sèche. On risque alors de continuer malgré tout à boire et même plus vite, augmentant alors fortement les risques (nausées, pertes de mémoire, violence, rapports sexuels à risque, coma,…).
Plus largement, l’alcool consommé avec du cannabis, des médicaments ou d’autres drogues est également très dangereux car les effets des produits se multiplient.
- L’alcool est une drogue.
Vrai. Comme le cannabis et la cocaïne, l’alcool est une drogue. Même si elle est légale.
L’alcool est une substance qui agit sur le cerveau et peut générer une dépendance. Ce sont les caractéristiques principales des drogues.
La majorité des consommateurs boit de l’alcool de façon occasionnelle, festive, ou modérée. Il arrive aussi d’en faire un usage abusif. Une consommation régulière et prolongée peut entraîner une dépendance psychologique et physique.
(Plus d’infos : Infor-Drogues).
- Si on boit, c’est pour oublier.
Vrai-Faux. Cela dépend car il y a plusieurs raisons possibles comme il y a autant d’individus différents.
Si le plaisir, la détente et l’amusement sont les principales motivations des jeunes à consommer de l’alcool, d’autres disent boire pour faire comme les autres, pour paraître adulte, ou encore, plus préoccupant, pour être ivre ou pour compenser un mal-être.
Et toi, sais-tu ce qui te motive ?


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