Observations, dérapages...

Quand Ricard dérape !

L’organisation dans les rues de Mons du Rallye Ricard (du nom éponyme de la marque) la semaine dernière repose une nouvelle fois la question de l’efficacité de l’auto-régulation et de l’incitation à la consommation excessive d’alcool.

Le principe du rallye estudiantin est simple et efficace : Pour 10 euros, un étudiant peut obtenir un tee-shirt à la marque Ricard reprenant le nom des sept cafés participants dont Le Saint Nicolas, Le Tambour Major, le Tango, le Bailly, Le bateau Ivre, le Pavillon Noir, L’âne barré.

A chaque café visité, l’étudiant est invité à consommer un Ricard et à faire estampiller son T-Shirt. Celui-ci rempli (mais ce ne serait pas obligatoire), il pourrait accéder à la soirée organisée par un cercle estudiantin.

Une récupération commerciale inacceptable.

Cette pratique commerciale vise non seulement à augmenter la notoriété de la marque mais aussi à inciter les jeunes adultes à découvrir la boisson dans un cadre qui pousse à la surconsommation et donc à la prise de risques.

Sur le plan marketing, la marque cherche à transformer les étudiants et les cercles étudiants en ambassadeurs de la marque. Ainsi, ces cercles tireraient un bénéfice de la vente des T-Shirts tout comme les étudiants qui pourraient, pour 10 euros, consommer au moins 7 Ricard.

Les messages véhiculés par certains jeunes montrent à loisir l’efficacité de la technique :

" Ca peut facilement servir de préguindaille vu qu’on peut acheter plusieurs T-Shirt."

" J’ai bu une fois avec Excès, et il est vachement plus sympa que Modération !"

" j’ai peut-être une solution : on bacle le T.P. et on y va ?"

"Ouuaaiisss on va se faire payer un milliard de verres par les postulants à la toge au SingSing mercredi aprem !!"

" On sera là ... et on boira tt plein tt plein"

Sur le plan de l’éthique, on ne peut que s’interroger sur les pratiques commerciales de la société Pernod Ricard Belgium et des débits de boissons participant.

N’y aurait-il pas incitation à l’ivresse publique quand on propose au moins 7 verres d’une boisson alcoolisée ? Et même si le T-Shirt ne doit pas totalement rempli pour disposer d’un sésame d’entrée au cercle étudiant, n’y a-t-il pas un risque d’incitation par mimétisme ou par bravade ?

Cela illustre une nouvelle fois tout le paradoxe existant entre les messages soi-disant responsables des producteurs de boissons alcoolisées tels « Notre savoir se déguste avec sagesse » et les pratiques commerciales pratiquées sur le terrain.

Manifestement l’hypocrisie est de mise. Les pratiques commerciales développées incitent à la consommation irréfléchie et exagérée d’alcool en proposant des boissons à des prix symboliques. Le CRIOC vient de déposer plainte auprès du JEP (Jury d’Ethique Publicitaire).

Vers l’interdiction de la publicité et des pratiques commerciales en matière d’alcool

Déjà en 2007, des acteurs de la prévention, le Groupe porteur "Les jeunes et l’alcool" et le CRIOC avaient dénoncé ces pratiques commerciales inacceptables . Aujourd’hui, une fois encore, le secteur a dérapé. Et face à ces pratiques inacceptables, nous demandons aux autorités de prendre leurs responsabilités et d’interdire toute publicité et pratiques commerciales en faveur des boissons alcoolisées.

Les signataires

Le CRIOC et le Groupe porteur "Jeunes, alcool et société" : Citadelle, Fédération des Centres de Jeunes en Milieu Populaire, Fédération des Etudiant(e)s Francophones, Groupe RAPID, Infor-Drogues, Jeunesse et Santé, Latitude Jeunes, Ligue des Familles, Prospective Jeunesse, Union Nationale des Mutualités Socialistes, Univers Santé, Alliance Nationale des Mutualités Chrétiennes.