Créer un Conseil fédéral de la publicité

Au quotidien, la publicité nous manipule et limite notre liberté de faire un choix éclairé en matière de consommations. Ses dérives sont nombreuses et le marché publicitaire est en pleine mutation depuis quelques années, comme en témoignent les nouvelles formes publicitaires sur les médias sociaux ou lors d’évènements par exemples, ou le développement de nouveaux produits et techniques publicitaires toujours plus agressives et plus ciblées. Le secteur de l’alcool en est un illustre exemple. Mais les dérives s’observent également en matière d’alimentation, de développement durable, d’égalité des sexes ou encore de greenwashing.

L’intervention des pouvoirs publics est donc primoridale et c’est l’ensemble de la publicité qui doit être mieux contrôlée par un organe indépendant du secteur.

Agir sur le marketing lié à l’alcool est primordial et ressort de l’action étatique. L’OMS stipule que : « il est important de diminuer l’impact du marketing, surtout sur les jeunes et les adolescents, quand on veut réduire l’usage nocif de l’alcool. Le marketing de l’alcool fait appel à des techniques publicitaires et promotionnelles de plus en plus élaborées, notamment à des stratégies qui associent les marques d’alcool à des activités sportives ou culturelles, aux partenariats et au placement de produits, aux nouveaux canaux de marketing comme les courriels, les SMS, le podcasting et les médias sociaux et à d’autres techniques encore… Dans ce domaine, les politiques et interventions consistent notamment à instaurer un ou plusieurs cadres réglementaires, reposant de préférence sur une base législative ».

Le Conseil d’État va dans ce sens : il a rendu un avis négatif sur le Projet de Loi du 28 mai 2006 modifiant la loi du 24 janvier 1977 relative à la protection de la santé des consommateurs en stipulant, entre autres, que de telles mesures concernant la publicité (l’autorégulation, telle la convention réglementant la publicité pour l’alcool) ne devraient pas être proposées par le secteur lui-même ;

Dès lors, la solution proposée serait de légiférer en matière de pratiques commerciales et de réguler la publicité à travers un Conseil fédéral de la publicité, organe public à créer, indépendant, au pouvoir réellement contraignant et aux missions d’observation élargies.

Seul un contrôle public de la publicité permet de garantir au citoyen un niveau de protection élevé et effectif, synonyme d’une publicité éthique et responsable. Le secteur privé ne pourra jamais se substituer au secteur public dans la défense de l’intérêt général.

Enfin, une régulation publique de la publicité n’est pas antinomique avec une prospérité économique et une liberté de création propres à l’activité publicitaire. Au contraire, elle participe au développement de la responsabilité sociale des entreprises par des pratiques publicitaires plus durables et respectueuses des consommateurs.

En janvier 2012, une note signée par une cinquantaine d’associations, développant cette proposition, a été envoyée aux responsables politiques.

Supprimer la publicité pour les produits alcoolisés

Comme évoqué précédemment, la publicité pour l’alcool, et la publicité en général, doit être régulée par un organe indépendant. Mais selon nous, la promotion des produits alcoolisés devrait, à terme, être supprimée. En effet, l’alcool est le psychotrope le plus consommé dans l’ensemble de l’Union européenne et, contrairement à d’autres produits psychoactifs (tabac, cannabis, XTC, etc), c’est aujourd’hui le seul psychotrope pour lequel il est encore autorisé de faire de la publicité et il n’est pourtant pas dépourvu de conséquences sur la santé, bien au contraire.

Si une consommation raisonnable d’alcool peut tout à fait s’intégrer à des modes de vie sains, une consommation excessive ou problématique peut néanmoins donner lieu à des conséquences parfois plus inquiétantes pour la santé, que ce soit sur le plan physique, psychologique ou social.

Etant donné les effets positifs et négatifs de l’alcool, il doit importer aux pouvoirs publics de favoriser les effets positifs en réduisant au maximum les négatifs. Or la publicité pour les boissons alcoolisées est omniprésente et renforce la banalisation et la valorisation de leur (sur)consommation. Le marketing des alcooliers ne cesse de développer et renforcer des pratiques commerciales dans le but de favoriser les surconsommations et de toucher des nouveaux publics dont les plus jeunes, pour qui il est encore plus difficile de résister aux sirènes de ces pratiques douteuses (voir aussi dans les constats). La consommation responsable et modérée, dont les effets seraient plus positifs, est donc marginalisée.

Il est donc temps maintenant que les pouvoirs publics prennent des mesures plus égalitaires afin de mieux protéger les consommateurs, notamment les plus jeunes. Interdire la vente d’alcool aux mineurs tout en autorisant l’incitation à ce même produit par la publicité relève du paradoxe et a de quoi interpeller. Au vu de ses caractéristiques de psychotrope puissant, l’alcool n’est pas un produit ordinaire. Sa consommation, que l’Etat doit garder légale, ne doit pas être incitée par des messages commerciaux. Ainsi, le Groupe porteur « Jeunes, alcool & société » réclame que des mesures soient prises pour que la publicité pour l’alcool soit, in fine, interdite, à l’instar des autres psychotropes pour lesquels elle a déjà été interdite.

Découpler la publicité alcool des espaces de campagnes de prévention sur les médias publics

Il est impératif de rompre le lien paradoxal et malsain entre la publicité alcool et les campagnes de prévention et de fournir des espaces garantis et indépendants tout en renforcant le budget octroyé à la prévention. Dès lors, nous proposons que soit mis en place un quota annuel fixe d’espaces gratuits pour les campagnes de prévention, basé sur la moyenne des espaces qui ont été octroyés pour celles-ci lors des cinq dernières années sur chaque chaîne (budgets de réalisation non-compris).

Références

  • Hibell B. el al (2004)

    The ESPAD Report 2003, Alcohol and Other Drug Use Among Students in 35 European Countries,